Floriane, neuropsychologue

En Europe, 1 personne sur 8 est concernée par les maladies neurologiques. Difficiles à appréhender, elles affectent les fonctions cognitives du malade, créant des troubles, et sont elles-mêmes classées en 3 grandes catégories : mnésiques (mémoire), exécutives et instrumentales. Quels sont les troubles cognitifs ? Comment se manifestent-ils ? Comment les gérer ? Découvrez les réponses dans le témoignage du mois avec Floriane Delphin-Combe, psychologue-neuropsychologue à la consultation mémoire de l’Hôpital des Charpennes des Hospices Civils de Lyon.

Avec quels types de pathologies travaillez-vous ?

Les neuropsychologues qui travaillent en consultation mémoire rencontrent des patients pour lesquels des troubles cognitifs sont suspectés soit par le patient lui-même, soit par l’entourage ou le médecin traitant.

Ces troubles cognitifs peuvent aller d’une simple dépression ou une anxiété importante, qui peuvent avoir un impact sur notre mémoire, notre concentration, jusqu’aux pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, Parkinson, la démence à corps de Lewy ou les dégénérescences lobaires fronto-temporales.

Quels sont les troubles cognitifs que vous rencontrez le plus souvent ? 

La maladie d’Alzheimer étant la maladie neurodégénérative la plus fréquente, nous recevons le plus fréquemment des patients qui souffrent de troubles mnésiques. Ces troubles mnésiques sont bien différents de ceux que l’on peut avoir dans la vie quotidienne : ne plus savoir ce que l’on vient chercher dans une pièce, oublier parfois ses clefs, chercher le nom d’un artiste. Ils sont souvent liés à des troubles attentionnels notamment à notre rythme de vie, au stress. Dans la maladie d’Alzheimer, les difficultés se situent dans l’acquisition de nouvelles informations. Le malade a du mal à apprendre, à acquérir une nouvelle information, c’est pourquoi il faut beaucoup répéter. Par contre, ils vont bien se souvenir des événements plus anciens, qu’ils peuvent aimer se remémorer car les souvenirs qu’ils maitrisent les rassure.

Quels sont ceux qui débutent le plus souvent en premier ?

Les troubles mnésiques sont les plus visibles et ceux auxquels les malades et les proches s’attendent. Pourtant, les études montrent qu’avant l’apparition de troubles mnésiques, d’autres signes inauguraux existent et touchent les compétences nécessaires pour s’adapter à des situations inhabituelles. On appelle cela les fonctions exécutives. Dans les pathologies neurodégénératives ou liés à des lésions neuro-vasculaires, ces fonctions exécutives sont précocement mises à mal entrainant des difficultés d’organisation des rendez-vous, de planification en cuisine par exemple, une plus grande rigidité des pensées…

Comment faites-vous pour les observer spécifiquement / les différencier ?

Une des parties du bilan neuropsychologique consiste à évaluer les différentes fonctions cognitives à partir d’épreuves psychométriques. Ces épreuves sont conçues pour permettre de distinguer l’efficience ou au contraire un trouble en distinguant les différents processus. En prenant l’exemple de la mémoire, certaines épreuves de liste de mots nous permettent de distinguer si l’oubli vient d’un problème attentionnel, d’un problème pour stocker, retenir le mot ou bien d’une difficulté pour récupérer le mot en mémoire.

En quoi consiste le rôle du neuropsychologue ? En quoi êtes-vous une aide au diagnostic ?

Le neuropsychologue va analyser les résultats du patient au regard des normes, de sa plainte, de ses antécédents médicaux et psychiatriques, de toute son histoire… Et en fonction de cela, il va mettre en évidence un profil cognitif prenant en compte les déficits mais aussi les points forts du patient. Certains profils cognitifs sont propres à l’une ou l’autre des pathologies neurodégénératives. Par exemple, un patient présentant une maladie d’Alzheimer n’aura pas le même profil cognitif qu’un patient présentant des troubles neuro-vasculaires.

 

Les troubles les plus difficiles à gérer sont finalement ceux qui contrastent complétement avec la personnalité antérieure du patient.

 

Pour les aidants, y a-t-il des troubles plus difficiles à gérer que d’autres ?

Les troubles les plus difficiles à gérer sont finalement ceux qui contrastent complétement avec la personnalité antérieure du patient. Souvent, pour ceux qui ont une personnalité rigide, assez irritable, l’aidant s’attend à ce que ce trouble s’accentue et a déjà mis quelques stratégies en place pour arriver à contenir ces troubles. Par contre, si jamais un manque d’intérêt, une inactivité apparait chez un patient qui était auparavant très dynamique, sur lequel l’époux ou l’épouse pouvait se reposer, qui s’occupait la maison et l’administratif, cela peut être difficile à gérer pour l’aidant. L’agitation, l’agressivité sont des troubles du comportement qui peuvent être très perturbateurs au sein d’une famille. Dans ce cas, il faut les aidants à bien identifier quelles sont les causes environnementales qui peuvent entrainer cette agressivité.

Qu’est-ce que vous pensez des nouvelles technologies ?

Les nouvelles technologies représentent un espoir pour préserver l’autonomie du patient le plus longtemps possible. Du côté des aidants, elles peuvent diminuer leur fardeau. Par exemple lorsque l’aidant vit à distance, l’outil va diminuer son inquiétude. Lorsqu’il est avec le patient, au lieu d’avoir à toujours répéter les choses, peut-être que la technologie va permettre d’automatiser des tâches, de faciliter la gestion des démarches administratives, de l’organisation…

Quels conseils donneriez-vous aux aidants ?

Il me semble que nous avons maintenant en France, en tout cas dans les territoires les plus denses, la chance d’avoir une offre de soin importante que ce soit pour proposer de la stimulation cognitive au patient, des conseils ou moments de répit aux aidants. Il est important de se tourner vers la consultation mémoire la plus proche assez tôt pour connaitre cette offre de soin, vers les associations et les maisons du département sans attendre l’urgence, pour être intégré à ce réseau.  Il existe souvent une solution pour améliorer la qualité de vie de chacun à chaque étape de la maladie mais cela nécessite de se tourner vers les différentes structures médico-sociales.

Que pensez-vous de Lili smart ?

Lili smart répond aux besoins que peuvent avoir les aidants, notamment lorsqu’ils ne vivent pas au domicile du patient, qui leur permettent d’être rassurés sur le bon déroulement du quotidien sans être intrusif dans la vie quotidienne du patient. Et c’est souvent cette inquiétude de ce qu’il se passe au domicile, « est-ce qu’il a chuté ? », « est-ce que mon proche mange bien ? », qui amène les aidants à se tourner au bout d’un moment vers les EHPADs. On peut espérer qu’avec un service comme Lili smart, les patients peuvent rester à domicile dans de bonnes conditions, le plus longtemps possible, sans que le fardeau de l’aidant n’augmente trop.

 

 

En savoir plus

#1 Quels sont les différents types de mémoire ?

#2 Qu’est-ce que les fonctions exécutives ?

Fiche pratique : Comment gérer les troubles attentionnels ?

Lili smart est une application spécialement conçue pour faciliter le quotidien des familles qui accompagnent un proche en perte d’autonomie. Elle détecte les signaux faibles de dégradation de l’autonomie du proche en s’appuyant sur des capteurs placés à son domicile, une montre qu’il porte et une plateforme dédiée aux aidants.